AIKIKAI de STRASBOURGAIKIDO DOJO membre du BIRANKAI CONTINENTAL EUROPELa nature du Bouddha
Avec l'aimable autorisation de Genjo Osho
Un moine demanda une fois au Maître Joshu, « Est-ce qu’un chien a la Nature du Bouddha ou non ? » Joshu dit, «Mu ! »
Dans l'étude du Zen, il faut franchir les barrières dressées par les anciens Maîtres Zen. Pour la réalisation d’un satori incomparable, on doit rejeter son esprit analytique. Ceux qui n'ont pas passé la barrière et qui n'ont pas rejeté l’esprit analytique sont tous des fantômes qui hantent les arbres et les plantes.
Maintenant, dites-moi, quelle est la barrière des maîtres Zen ? Juste ce « Mu » - c'est la barrière du Zen. Il est ainsi appelé, « la barrière sans porte du Zen ». Ceux qui ont franchi la barrière verront non seulement Joshu clairement, mais ils iront main dans la main avec tous les Maîtres du passé, ils les verront face à face. Vous verrez du même œil qu'ils voient et entendrez de la même oreille qu’ils entendent. Cela ne serait-il pas merveilleux ? Ne voulez-vous pas franchir la barrière ? Concentrez-vous alors dans ce «Mu», avec vos 360 os et 84’000 pores, faisant de votre corps entier un grand questionnement. Travaillez-y jour et nuit attentivement. Ne tentez pas d'interprétations nihilistes (absolues) ou dualistes (relatives). C’est comme avaler une bille de fer rougie au feu. Vous essayez de la vomir mais vous ne pouvez pas.
Ecartez votre connaissance analytique illusoire et votre conscience accumulés jusqu'à maintenant et continuez à travailler plus durement. Après quelque temps, quand vos efforts porteront leurs fruits, toutes les oppositions (comme dedans et dehors, vie et mort, forme et non-forme) seront naturellement identifiées. Vous serez alors comme une personne qui n’a pas la capacité de parler ou d’entendre et qui a fait un rêve merveilleux : le rêveur le saura intimement en lui, mais sera incapable de le partager avec ceux qui ne l'ont pas rêvé eux-mêmes. Soudain, en franchissant la barrière sans porte, vous étonnerez le ciel et vous ferez trembler la terre.
C’est comme si vous aviez empoigné la grande épée du Général Kan. Vous tuez le Bouddha si vous le rencontrez; vous tuez les anciens Maîtres si vous les rencontrez. A la frontière entre la vie et la mort vous êtes absolument libre et dans les six royaumes et les quatre modes de vie, vous vivez, avec une grande joie, une vie véritable de complète liberté.
Maintenant, comment doit-on s’y efforcer ? Travaillez de toutes vos forces à ce « Mu » et soyez « Mu ». Si vous ne vous arrêtez pas ou n’hésitez pas dans votre effort, voyez donc, quand le cierge du Dharma est allumé, l'obscurité est soudainement vaincue. Le chien ! La Nature du Bouddha ! La Vérité se manifeste totalement. Un moment de oui-et-non : perdus sont votre corps et votre âme.
Pourquoi continuons-nous à réexaminer « Mu » de Joshu encore et encore ? Dans notre pratique Zen, il nous faut arriver à un certain endroit dans notre révélation naturelle en tant qu’être humain, où nous comprenons qu'il est possible d'encourager ou de stimuler notre propre développement ou épanouissement. Nous sommes tous dans le processus de floraison jusqu'à ce que nous naissions ; cependant, nous sommes une très étrange sorte de fleur qui peut, jusqu’à un certain point, se rendre compte qu’elle est un bourgeon de fleur. Quand cette prise de conscience apparaît, nous nous sentons alors motivés à labourer notre propre terre et nous recherchons un certain effort spirituel ou créatif pour arroser, fertiliser et élever notre propre « plénitude d'âme». Et précisément quelle est cette « plénitude d'âme », cette « essence intime » ou « souffle de l’existence » ? Et bien, une manifestation ou une formulation de cette « essence intime » qui imprègne, soutient et anime toute chose dans toutes ses dimensions est « Muuuuuu ».
Je ne sais pas pourquoi «Mu » ou «Ommmmm... » ont été reconnus comme manifestations directes de quelque chose d'indicible et sans nom. Pour quelque raison, ces sons ont la capacité mystérieuse de favoriser une reconnaissance d'une réalité fondamentale très large et très vaste. Quand nous chantons le Soutra du Cœur encore et encore tout au long de notre semaine ensemble, aussi bien dans la forme traditionnelle qu'anglaise, nous constatons que « Mu » est traduit en anglais comme simplement « aucun ». « Aucun œil, aucune oreille, aucun nez, aucune langue, aucun corps, aucun esprit… aucun accomplissement ». En fait, il n'y a pas de traduction littérale pour « Mu » en anglais et même quand nous donnons une plus complète interprétation, n’importe quelle interprétation reste tellement superficielle comparée à une vocalisation directe de « Muuuuuu… » Juste l'écoute de « Muuu… », donne une impression beaucoup plus complète que n'importe quelle définition peut offrir. Cependant, permettez-moi d'essayer d’expliquer. « Mu » est grossièrement traduit comme « aucun », « pas », « rien » ou « vacuité ». Ces termes ont une connotation négative et une des raisons à cela est qu’en Orient il y a eu une considération plus cohérente de la nécessité de ne pas nommer quelque chose qui doit rester sans nom, parce que «Le » nommer commence à limiter ce qui est illimité. Aucun nom ou affirmation positive ne peuvent jamais s’en approcher ; néanmoins, « Le » peut être pensé comme le flux sous-jacent, la vibration ou l'harmonie de l’univers dans toutes ses dimensions. Partout, tout est « Mu ». Partout, tout n’est qu'une manifestation du tissu fondamental qui a passé le Big Bang et qui est inchangé par un Big Crunch.
Ainsi, quand le Soutra du Cœur dit qu’il n’y a « aucun œil, aucune oreille, aucun nez, aucune langue, aucun corps, aucun esprit … » vous pourriez dire, bon attends une minute, voilà mon nez, mon œil, ma langue parlant par ce corps et c'est comme ça ; cependant, le Soutra du Cœur se réfère au fait qu'en réalité aucune chose n'est vraiment séparée des autres. D'un point de vue absolu, il n'y a pas de chose telle qu’une identité distincte séparée. Chacun d'entre nous est un composé de nombreuses dimensions d'existence qui évoluent librement et qui permutent entre elles. Il n'y a aucune limite distincte entre l'une et l'autre, ou même entre existence et non-existence. Nous étiquetons et distinguons pour notre convenance, mais nos discriminations raffinées ne font pas valoir la réalité d'identités distinctes. L'univers est un grand potage où les ingrédients ne peuvent jamais être isolés parce qu'il n'y a jamais eu d'ingrédients distincts en premier lieu. Les nombreux aspects de l'univers peuvent être pensés comme différentes adaptations provisoires d'une substance pluridimensionnelle.
Sur le mur arrière de notre zendo il y a la calligraphie de Yamanouchi Sensei et elle comprend quatre caractères : Blanc, Nuage, Aucun (Mu), Cœur / Esprit (Shin). Ce que nous appelons notre identité personnelle est comme celle d'un nuage dans le ciel. Oui, nous pouvons dire que le nuage a une existence propre, mais en réalité c'est juste de la vapeur d'eau ou le ciel combiné en une forme très provisoire. Le nuage n'est pas séparé du ciel, c'est juste une manifestation du ciel que nous appelons le nuage, de même que nous nous appelons John, Genko, Carolyn ou Genjo. Ces nombreuses variations font toutes partie d'un « ciel » indivisible. Chaque « nuage » n'a pas de limites définies, sauf celles que nous leur imposons artificiellement à travers nos dénominations. Ces limites artificielles sont indéniablement utiles, mais pleines de désillusions si nous nous méprenons sur elles en tant que divisions établies entre l’une et l’autre. Maintenant, il est vrai que chaque « nuage » est une manifestation exclusivement différente du ciel. Aucun nuage n'a jamais été ou ne sera jamais exactement comme un autre. « Vous » est exclusivement différent de « moi » et nous ne sommes jamais apparus exactement comme nous sommes maintenant, ni auparavant, et nous ne serons plus jamais semblables à nouveau. Donc, voici la vérité concernant le caractère unique de toute chose. Il n'y a jamais eu cet arbre, cette pierre, cette goutte de pluie, ce vous ou moi, ce nuage, ce jour, jamais auparavant, et cela ne sera plus jamais non plus. Cette vérité nous fait apprécier juste comment éphémère et précieux est ce moment. Chaque nuage est unique, mais jamais aucun nuage n'a été séparé de « l'Essence du Ciel Bleu ».
Maintenant que nous nous sommes suffisamment révélés en tant qu’être humain pour prendre conscience du processus et que nous désirons nous venir en aide à nous-mêmes, quel genre d'aide pouvons-nous nous apporter ? Nous nous exerçons à être si présent au « Ici et Maintenant » que nous voyons au travers des distinctions artificielles entre ceci et cela, sans perdre, et même en gagnant, l’appréciation pour toute chose. Ainsi, notre effort est consacré à chasser les illusions qui nous désunissent. Nous les épuisons ou nous les brûlons ici sur nos zafu (coussins de méditation), pendant kinhin (méditation en marchant) et en chantant les soutras. Par notre pratique nous démontons les idées et les concepts qui nous désunissent. Ainsi, souvent nous nous accrochons à ce que nous aimons et rejetons ce que nous n'aimons pas ; Néanmoins, si Mu est tout, alors tout que nous n'aimons pas est aussi Mu. Donc une partie de notre pratique est de se rendre compte que tout ce que nous n'aimons pas a aussi sa place, de même que chaque nuage, aussi sombre ou violent soit-il, a sa place dans le ciel. Si nous ne pouvons pas faire ce saut, alors nous serons collés pour toujours à une seule partie de l'image. Sans l’image entière, notre liberté de voir les choses clairement et de faire ce qui doit être fait restera très limitée.
Nous disons que nous n'aimons pas la douleur, mais ici en Sesshin (retraite Zen) nous apprenons comment apprécier la douleur. Nous n'aimons pas la fatigue, mais ici nous venons pour affronter et apprendre comment ne pas être possédé par la fatigue. La plupart d'entre nous commence Sesshin avec un sens concret de son identité personnelle propre, mais nous venons ici pour voir au travers des distinctions artificielles, pour nous rendre compte que de n'importe quel point de l'univers nous pouvons atteindre n'importe quel autre. Ainsi, vous n'êtes pas séparés de moi, bien que nous soyons extrêmement différents. Nous venons en Sesshin pour rencontrer l'ennui, nettoyer les toilettes, salir nos mains et faire face à notre propre colère, tristesse, joie et douleur, sans rejeter quoi que ce soit, acceptant en fait que tout ait sa place. Ici nous réalisons comment apprécier chaque aspect de l’existence, chaque douleur, chaque respiration, chaque souffle d’air, chaque goutte de pluie, chaque rayon de soleil, chaque scintillement d’une étoile du matin, chaque fleur, chaque morceau de crotte de chien. C'est notre travail, juste tout apprécier et apprendre comment ne pas nous faire mener par le bout du nez par nos préjugés, nos inhibitions, nos aversions, nos préconceptions, nos croyances, nos idées, nos espoirs.
Nous ne sommes pas ici pour apprendre comment nous débarrasser de n'importe lequel de ces aspects, parce qu'ils doivent aussi être Mu. Il est important de savoir comment ressentir notre douleur, ou nos opinions, ou nos aversions, sans qu’ils souillent fondamentalement notre totale perception de l'énormité et du prodige de ce moment d’éternité.
C'est la barrière du Zen, apprendre comment apprécier CELA… Notre tâche est de devenir si nus, si vulnérables, si exposés, qu’il n’y a plus aucune question quant à notre capacité à apprécier profondément l'immense émerveillement de chaque aspect et de chaque coin de chaque dimension de l'univers. Ne voudriez-vous pas franchir cette barrière sans porte ? Qu’est-ce qui se dresse sur notre chemin ? Rien ! Que devons-nous atteindre ? Rien ! Apprenez juste à entièrement apprécier ce souffle, ce corps, cette douleur, ce rayon de soleil. Juste cela ! Sachez que pour tout ce nous n'aimons pas en nous, ou en quelqu’un d’autre, que chacun d'entre nous n'est rien de moins, rien de plus, qu'une pure et complètement vierge manifestation de « Muuuuu … »
Un chien a-t-il la Nature du Bouddha ou non ? Même dire la Nature du Bouddha est se perdre dans l'illusion; Donc, le Maître Zen Joshu révèle juste CELA directement en disant « Muuuu … ». Le terme « la Nature du Bouddha » n’est rien qu'un nom. Un chien a-t-il la Nature du Bouddha ? Pas de réponse, juste « Muuuu… » Ou peut-être Joshu s'est servi de l'occasion de purifier ses 360 os et 84’000 pores et a crié “MUUUUUUU!” Ou peut-être, Joshu a répondu avec un «Mu» court, simple et direct. Pourquoi des grands cris ? Les cris aident au processus de purification et à nous faire accepter nos propres discriminations, hésitations, inhibitions et nos défenses, nous conduisant à un « Mu » sans obstacle totalement compris qui révèle et célèbre ce rayon de soleil, cette brise douce, cette feuille qui tombe. Nous devons dépasser nos propres discriminations, nos espoirs et nos désirs et nous épuiser et brûler nos doutes, jusqu'à ce que nous nous réalisions que nos doutes et désirs sont également juste « Muuu … », « Muuu ».
Chaque koan est comme ça. Dans notre temple, Genki Roshi a pris l’habitude d’entreprendre tous les nouveaux étudiants avec le koan, « quelle est l'essence de la cloche du temple ? » Ce premier koan pourrait aussi être formulé : « donnez-moi l'activité Mu de la cloche du temple ». Quand ce koan est parfaitement pénétré nous réalisons que la cloche du temple est une relation proche, ni plus ou moins proche que notre propre frère ou sœur. L'essence de la cloche est aussi proche que notre propre « plénitude d'âme ». La profondeur de la nature de la cloche est aussi la profondeur de notre propre nature. Touchez, expérimentez la source à partir de laquelle tout est basé et chacun d'entre nous ne sera plus jamais coincé dans son genre, âge, ou espèce. C'est nos propres conceptualisations et illusions qui nous retiennent d'avoir une connexion du cœur / esprit avec quoi que ce soit et avec tout. Avec la pratique nous venons à voir avec les yeux de Bouddha, entendre avec les oreilles de Bouddha et quels que soient les vêtements que nous portons, ils sont les vêtements de Bouddha et quelle que soit la nourriture que nous mangeons, elle est la nourriture de Bouddha. Chaque fois que nous excrétons, c'est l’excrétion de Bouddha.
Rien ne nous empêche de franchir la porte sans porte. Simplement réalisez totalement pour vous-même que vous n'êtes déjà rien de plus et rien de moins que « Muuu … ». « Concentrez-vous dans ce «Mu», avec vos 360 os et 84’000 pores, faisant de votre corps entier un grand questionnement », une grande porte sans porte. « Pratiquez jour et nuit ». Elevez-vous, entretenez ce processus de révélation jour et nuit. Ne restez pas bloqués sur les idées de la Nature du Bouddha. Ne restez pas bloqués sur les définitions de « Mu ». Devenez l'énergie et l'activité de « Mu » réalisé.
« Ecartez votre connaissance analytique illusoire et votre conscience accumulés jusqu'à maintenant et continuez à travailler plus durement » et plus durement, et plus durement ! Alors dans l'empressement du temps cet effort portera ses fruits. Sans aucun doute nous continuerons tous à mûrir. Même si nous ne faisons pas d'effort conscient pour nous aider nous-mêmes, nous allons probablement continuer à mûrir lentement de toute façon.
Après quelque temps, nous devenons « comme une personne qui n’a pas la capacité de parler ou d’entendre et qui a fait un rêve merveilleux », un rêve de réalité juste comme elle est vraiment, avec la capacité soudaine d'apprécier tout. Avec une telle capacité nous sommes étonnés à tout moment et nous devenons aussi étonnés, parce que, à ce moment-là, il nous est révélé comment nous ne sommes pas séparés des manifestations merveilleuses du Ciel et de la Terre. Alors c’est comme si nous « avions empoigné la grande épée du Général Kan ». « Rien ne s'accroche à nous et nous ne tenons à rien ». Dans ces conditions, il ne peut pas y avoir de Bouddha ; Donc, il n'y a pas besoin de le tuer, il a déjà été anéanti. Quand nous voyons la vraie nature des choses, nous réalisons complètement que rien n'est séparé de CETTE manifestation glorieuse de l’activité de « Mu ». Rien n'est séparé des autres choses, aussi quel Bouddha peut être là ? Qu'est-ce qui n'est pas Bouddha ? Aucun Bouddha ne peut exister, une fois que la barrière sans porte du Zen est franchie et nous nous trouvons vraiment stupéfiés par chaque aspect du ciel et de la terre : cela doit inclure notre propre réflexion. Où peut-on regarder et ne pas trouver Bouddha ? Dorénavant, Bouddha ou la Nature du Bouddha deviennent superflus. Juste ce rayon de soleil. Juste cette pluie. Juste ce souffle.
Alors, comment doit-on s’y efforcer ? Travaillez de toutes vos forces à ce « Mu ». Si nous en sommes arrivés à cet endroit d'appréciation totale ou non, soyez « Mu ». Peu importe comment notre perception peut devenir claire, nous retombons sans arrêt en arrière dans des vieux schémas familiers. Et nous devons perdre notre attachement à notre identité propre encore et encore, comme il y a des animaux qui perdent leurs peaux à plusieurs reprises. De cette façon, nous libérons nos vues brouillées jusqu'à ce que nous puissions supporter la vérité qu'il y a rien d’autre qu'un seul cœur / esprit avec beaucoup d’apparences. « Le cierge Dharma est allumé » et chaque particule d'obscurité est vaincu par la réalisation que l'obscurité même est CELA !
« Le chien ! la Nature du Bouddha ! » Le rayon de soleil ! La pluie! « La Vérité se manifeste complètement ». Un moment de cela , ce n'est pas cela, c'est Bouddha, ce n'est pas Bouddha, c'est la vie, c'est la mort ; perdus, perdus, « Perdus sont votre corps et votre âme ».
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